Imagination...

Imagination...

Prologue_______________________________________________________________

- Comment s'appelle-t-elle ?
Il n'eut qu'un furieux cintillement en guise de réponse.
Il regarda sa chambre.
Vis une lampe encore allumée.
Un bureau mal rangé, croulant sous les livres scolaires.
Les livres qu'elle aimait.
Les bandes-dessinées ou les mangas qu'elle lisait.
Il ne vit ni baiser, ni bougie.
Un chat, lové sur une peluche traînant par terre, ronronnait dans son sommeil.
Des tas de photographies, d'images colorées décoraient les murs.
Il s'approcha des feuilles éparpillées, sur une chaise. En prit une.
Il lu qu'elle s'appelait Cléo.
Il trouva ça joli.
Le petit cintillement se fit à nouveau remarquer. Il ne l'écouta pas.
Il savait qu'il lui dirait de ne pas rester.
C'est pourtant ce qu'il veut.
Ici.
Et maintenant.




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# Posté le samedi 08 novembre 2008 16:00

Modifié le lundi 25 mai 2009 05:05

1_Angleterre, Janvier 1956.

♣ 1_Angleterre, Janvier 1956.
Wendy agonisait. Pire : elle mourrait.
Elle le savait. Elle le sentait.
Devait-elle appeler Lisa ? Non. La femme de chambre n'avait que faire d'une pauvre et vieille femme sur le point de finir sa vie. Wendy allait s'évanouir en silence, seule. Elle n'avait besoin de personne pour mourir.
Personne, sauf Peter.
Mais elle ne devait pas le blesser par sa propre mort. Il n'en saurait rien.
Elle se laissa tomber de son lit, le plus silenceusement possible. Mais le léger bruit réveilla quand même Lisa. Wendy entendit son lit, juste en dessous, craquer, lorsqu'elle se leva. Wendy se précipita, avec le peu d'énergie qui lui restait, sur son petit carnet. Un crayon y était accroché. Elle s'en empara, et griffona une fausse excuse à Peter.

« Je dois m'en aller, Peter. Tu ne me verras plus. Ne sois pas triste.
Un jour, tu comprendras.
Wendy.
»

Les pas de Lisa résonnaient dans l'escalier. Wendy n'avait plus beaucoup de temps. Elle tomba contre le bord de la fenêtre, y déposant le carnet ouvert. Ses yeux se fermèrent. Son souffle s'échappa. Et ne revint pas. Lisa entra avec fracas dans la chambre.
- Mme Wendy !
Mais c'était trop tard. Lisa hésita. Un frisson la parcourut. Elle ferma les fenêtres, secouée par le chagrin, puis descendit appeler les secours.
Le carnet, poussé par la fenêtre, bascula dans le vide. Il dégringola le long du mur blanc et lisse de la maison de Wendy.
Il plongea dans la neige, avec un bruit sourd. Les flocons, incessants, le recouvrir en quelques minutes...




__________________________________________________________________________ 1_Angleterre, Janvier 2o1o.


- Cléo !
La jeune fille ouvre lentement les yeux.
- Il faut se lever ! Tu ne voudrais pas être en retard pour ton premier jour de lycée ?
Cléo secoue la tête. Maman, souriante, lui effleure la joue et disparaît de la pièce, telle un ange qui s'évapore.
Cléo se redresse, dans son lit. Sa chambre est dans un état de désordre épouvantable. Et ça, rentrée en lycée ou non, ça ne change pas...
Elle soupire et se retire de la douceur des draps. Elle a oublié d'éteindre son ordinateur, hier soir. Il est encore en veille. Cléo appuie sur le bouton de la centrale, et l'appareil s'éteint dans un soupir bruyant.
La jeune anglaise s'habille rapidement, tout en prenant soin des accords de sa tenue. Elle tient à faire bonne impression, pour cette rentrée exeptionnelle.
Elle a seinze ans, maintenant. Ce n'est pas rien. Elle ne peut plus se permettre d'être négligée.
D'autant plus qu'au lycée, les uniformes ne sont plus obligatoires.
Elle se maquille, léger, puis descend au rez-de-chaussé. Maman lui a préparé deux toasts, avec du becon et des oeufs.
Cléo s'assoit. En réalité, elle n'a pas très faim.
- Maman, je...
- Au moins un, Cléo.
Se forçant, la jeune fille avale une bouchée du premier toast. Elle se relève, enfile son sac sur l'épaule, embrasse Maman et file jusqu'à l'arrêt de bus.
Tinn est là, bien sûr. Lui aussi, il rentre au lycée. Ils devraient être dans la même classe. Ils ont pris les mêmes options.
Trois autres adolescents sont là, aussi. Une fille, blonde, les yeux d'un noir électrique, ressemblant étrangement à Ashley Tidsale ; à côté d'elle, son amie, les cheveux roses, habillée comme les japonaises, et les yeux cernés de noir et de bleu éclatant, d'un vert pomme éblouissant. Le troisième est un garçon blond-roux, très beau. Son visage semble encore jeune, bien que sa carrure indique qu'il a au moins dix-sept ou dix-huit ans. Il semble triste et éteint, à l'instar des deux filles, hystériques et joyeuses.
- Bonjour Tinn !
Le garçon brun, les cheveux ébouriffés, s'étonne presque de la voir.
- Tiens ! Cléo ! Alors, prête ?
- Plus que ça ! Une semaine que je me prépare !
Elle lui adresse un clin d'oeil. Il sourit et lui donne une petite tape sur l'épaule.
- Tu est ravissante.
- Ca fait longtemps que j'ai préparé ma tenue, aussi ^^.
- Je ne vois vraiment pas pourquoi tu t'es mis dans un état pareil...
- Eh ! Je sais que toi, rien ne t'atteint, mais moi, c'est différent !
- Eh oui...Et je sais pourquoi !
- Je t'écoute.
- C'est juste parce que tu es une fille !
- Je n'aime pas la façon dont tu as prononcé le "juste"...
- ^^ !
- Pff...
Le bus se gare devant les cinq adolescents.
Cléo ne l'a même pas entendu arriver. Elle est bien trop préocupée à prévoir chaque seconde de sa première journée de lycée.
Tinn la sent tendue.
- Ne stresse pas comme ça ! Le lycée, c'est pareil que tout autre établissement ! C'est juste que les gens ils sont plus grands.
- Tu dis ça comme si...
- Mmh ?
- Non, rien. Laisse tomber.
- Comme tu veux !
Il croise ses bras au dessus de son crâne et s'y appuie, fermant les yeux.
Cléo soupire. Il est vraiment...
Elle n'en sait rien, d'ailleurs ! Tinn est tout. Sauf normal.
Il ne s'habille pas comme tout le monde, il ne se coiffe pas comme tout le monde, il n'étudie pas comme tout le monde, il n'a pas des goûts comme tout le monde.
Et le pire : il ne pense pas comme tout le monde.
Cléo, avec un sourire, se détourne et scrute le bus.
Elle croise le regard du garçon blond-roux. Ses yeux, d'une mielleuse couleur or, se perdent dans les siens.
Elle le toise, le fixe, ne trouvant pas le moyen d'en décrocher.
Le bus s'arrête.
Tinn la secoue.
- Eh ! On est arrivés !
Elle secoue la tête, sortant de sa gênante observation, et regarde par la fenêtre.
Son sang ne fait qu'on tour, son coeur rattant un battement.
- Oui. On y est, cette fois.


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# Posté le dimanche 09 novembre 2008 11:11

Modifié le lundi 20 avril 2009 08:47

2_Angleterre, Février 2o1o.

♣ 2_Angleterre, Février 2o1o.
Cléo monte dans le bus, le teint habituellement pâle.
Demain, cela fera un mois que l'accident a eu lieu.
Un immense incendie. Le lycée a été ravagé.
Certaines pièce sentent encore la cendre et la mort.
Terminée, cette époque joyeuse, cette vitalité anglaise, colorée et fleurie. La suie, le noir, la poussière et la peur ont recouvert ce magnifique tableau d'antan.
Tinn est parti.
Cléo ignore où. Peut-être est-il mort dans le feu ? Peut-être s'est-il enfui avant.
Aucune nouvelle non plus des deux jeunes filles, qui prenaient le bus avec elle.
Il ne reste que ce garçon, les cheveux cuivrés, les yeux ambrés.
Ce garçon qui la regarde, les prunelles figées. Un air neutre.
Qui est-il ? Cléo n'a jamais osé lui demander.
Mais aujourd'hui, elle sent que c'est différent.
Aujourd'hui, plus que n'importe quel autre jour, elle n'a plus rien à perdre.










_____________________________________________________________________________________________'._______


Elle s'assoit à côté du garçon.
- Je peux ?
Il ne dit rien. Ne fait rien. Il se contente juste de la regarder.
- Je m'appelle Cléo.
- Oui, je sais.
Sa voix, chantante, résonne comme une cascade sur de la pierre. Une voix d'argent, un désacord harmonieux avec ses yeux et ses cheveux.
Cléo avale sa salive.
- Et toi ? Qui es-tu ?
Il sourit, dévoilant une rangée de dents blances, et des canines aiguisées à la perfection.
Il sourit, mais ne répond pas. Cléo n'ose pas insister.
Elle ne sait plus quoi dire. Ni quoi penser. Elle se sent plus seule encore, que lorsqu'elle évitait de lui parler.
Il pose sa main sur la sienne.
Elle sursaute, gênée.
- J'ai le prénom qu'on m'a donné. Mais mon "moi" va plus loin que ça. Je cherche quelqu'un. Une personne qui est toute ma longue vie. Elle a disparu. C'est peut-être le temps qui me l'a prise, ou alors c'est la Terre. Ou bien...les flammes.
Cléo sent les larmes lui monter aux yeux. Ce discours lui ressemble tellement ! L'image de Tinn illumine ses pensées, pourtant encore noires de tristesse.
Elle détourne la tête du garçon. Elle respire longuement et l'affronte de nouveau.
- Moi...moi aussi, je cherche quelqu'un.
- L'étrange jeune homme qui t'accompagnait ?
Cléo reste interdite. Un mot de plus et elle éclate en sanglot. Elle acquièce, juste.
Le garçon ne répond rien. Il se contente de faire courir ses doigts sur la main de Cléo.
Ravalant ses larmes, celle-ci demande :
- Et...Quel est ce nom que l'on t'a donné ?
Il sourit.
- Peter.
Elle insiste du regard. Il n'ajoute rien.
- Peter ? Juste Peter ?
Le garçon se mord les lèvres.
- Banning. Peter Banning.
Cléo baisse les yeux vers la main du garçon. Sa peau pâle s'accorde avec la sienne. Ses ongles sont parfaits, brillants, naturels, épousant la forme ovale de ses doigts.
Elle relève le regard vers le visage de Peter. Il est si beau...
Un collier orné d'un petit pendentif (qu'elle ne parvient pas à identifier), se balance au rythme du bus, autour de son cou.
Elle le désigne de son autre main.
- Qu'est-ce que c'est.
- Un cadeau.
- Et qu'est-ce que ça représente ?
Peter dégage le col de sa chemise et laisse la jeune fille regarder le pendentif.
C'est un dés à coudre, d'une couleur argent, avec d'envoûtants reflets platinés. Des motifs gravés autour de la base, tels une arabesque, perdent le regard de la jeune fille. La faible lumière du soir illumine le sommet de l'objet, qui se tente de la rougeur du soleil de six heures.
Cléo tend les doigts pour toucher le bijou. Peter la laisse faire. Elle caresse lentement chaque partie du dés, ressentant la moindre courbe de la gravure. Ses doigts s'engourdissent, comme si le petit pendentif était animé d'une magie inconnue.
- Je me demande...Où est-ce que la personne qui te l'a offert a-t-elle bien pu trouver un pareil objet...
- Elle l'avait depuis toujours.
- Il est si...
- Unique ?
Cléo le regarde dans les yeux.
- Oui, unique.
Peter laisse ses lèvres s'étirer en un petit sourire. Un sourire sans joie.
Cléo l'observe se perdre dans ses pensées. Elle murmure :
- C'est elle, que tu cherches ?
Peter ne répond pas. Ne bouge pas. Cléo en conclut qu'elle a raison.
- Qu'avait-elle de si...important ?
Peter soupire.
- De l'amour.
Cléo fronce les sourcils.
- Tout le monde possède de l'amour.
Peter s'accroche à ses yeux avec un regard sauvage, tel un lynx.
- Est-ce que tout le monde possède son amour ?
Il se radoucit.
- Est-ce que quelqu'un t'a déjà offert un baiser...? Un baiser qui n'est pas celui dont tu as l'habitude...?
De sa main libre, il attrape délicatement son dés à coudre et le laisse glisser le long de sa paume, comme une caresse.
Cléo fait non de la tête, désorientée.
- Elle avait ça, d'important. Elle rendait les choses insignifiantes...très importantes. Ce dès, par exemple.
Cléo attend qu'il continue, avide de ses paroles.
- Un dès, ce n'est rien. Cela sert juste à ne pas se planter une aiguille dans le doigt, lorsqu'on fait de la coutûre. Une coutûrière adroite n'en a pas besoin. Mais, si on le prend sous une autre forme, et qu'on lui donne un nouveau nom...Cet objet devient bien plus important.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Un baiser peut prendre différente forme. Les baisers qu'il y avait entre elle et moi...étaient de simples dès à coudre en argent. Brodés d'arabesques.
Le bus s'arrête. Avec une rapide souplesse, Peter se lève, sourcils en ailes d'oiseau, lance un dernier regard illuminé à Cléo, puis s'enfuit sur le chemin, en bordure des maisons.
Cléo ramasse son sac, paie le chauffeur et descend du bus, étourdie.
Elle prend une bouffée d'air frais, et s'en retourne chez elle.



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# Posté le dimanche 23 novembre 2008 10:50

Modifié le lundi 20 avril 2009 08:45